PLUS LE TEMPS !
Quelle heure est-il ? Ah! Plus le temps. J’y vais. Quai 8, voiture 12. Vite, je monte. Valise, sac… parapluie. Ok, j'ai tout. Merde, mon billet ? Ah, il est là. Je m'assieds. Je me pose… Le train démarre. Soupir. Je me détends… mon regard se perd, le front collé à la vitre, je scrute sans les voir les campagnes, les champs, les villages ou les rivières qui s’offrent à mes yeux. La vitesse étire, déforme et lisse le monde de l’autre côté. Au loin, le ciel semble éternel, inaccessible et immuable. Devant moi dansent les couleurs, les formes et leurs ombres, les parfums de saison que je devine, les étendues d’eau lissées… Dehors, un monde nouveau naît, distordu et accéléré par la vitesse. Vitesse qui me fait passeur. Celui qui n’est pas d’ici, qui regarde sans voir et pourtant s’imprègne des couleurs, des formes et des instants…
A l’image du temps que nous traversons, le train roule vite, de plus en plus vite. Tout devient mou. La vitesse rend le monde de dehors moins vite. Suis-je dans le train ? Suis-je le train ? Le temps se déplace-t-il ? Espace, temps, chaos : tout se mélange, s’emmêle. Je suis dépossédé de mon essence, je deviens vitesse. Je deviens le temps. Je suis le temps.

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